|
|
|
Axe 1 – Raconter l'ordinaireLa plupart des récits débutent par une rupture de l’ordre des choses tel qu’il a l’habitude de se produire et ne semble pas mériter davantage qu’on s’y attarde ou d’être raconté. Aristote déjà dans la Poétique insistait sur l’importance de la péripétie dans la narration, soit de cette rupture dans ce qui advient d’ordinaire. Le héros lui-même par définition est un « personnage légendaire auquel la tradition attribue des exploits prodigieux » (CNRTL) qui se distingue du commun que ce soit par ses caractéristiques, ses actions ou l’histoire dont il est le protagoniste. Si le récit par définition semble dès lors accorder une part si importante à l’extraordinaire, on observe cependant un intérêt croissant depuis le XXe siècle pour des sujets et des personnages plus banals et des événements moins sensationnels. En littérature, Perec interroge ainsi ce qu’il nomme l’infra-ordinaire en traquant les détails du quotidien pour en révéler l’esthétique. Dans les arts plastiques, des artistes comme Marcel Duchamp ou Andy Warhol réutilisent des objets banals qu’ils transforment en œuvres d’art, soulignant parfois leur caractère industriel et sériel. Le cinéma et la musique ne sont pas en reste avec des noms comme ceux de Jacques Tati, Chantal Ackerman et John Cage dont la pièce sonore 4’33 consiste en la reprise de sons ambiants du quotidien. De nouveaux formats comme les jeux vidéo mettent en scène à leur tour le quotidien et permettent de le performer à l’instar d’Animal Crossing ou des Sims amenant à nous demander comment l’ordinaire est raconté par et dans les médias. Tout ceci coexiste cependant avec d’autres œuvres et formats qui continuent d’exploiter l’extraordinaire. Le premier axe de ce colloque se consacre dès lors à traiter cette question, à savoir la façon dont les médias racontent et mettent en scène cet ordinaire. Ce faisant, il s’agira aussi d’interroger la façon dont cette construction, cette représentation de l’ordinaire contribue à forger notre propre conception de ce qui mérite ou non cette dénomination (Laugier, 2022) (voir axe 3). Les articles qui s’inscriront dans cet axe pourront s’intéresser aux éléments les plus ordinaires au sein des récits médiatiques : personnages, lieux ou encore actions que nous percevons comme ordinaires. Dans les séries, on observe ainsi que les personnages peuvent désormais ressembler davantage aux téléspectateur⸱rices dans ce que François Jost (2001) qualifie de mode mimétique bas. Les personnages de passage qui contribuent à la cohérence de l’univers comme les « personnages de franchise » (Barthes, 2018) pourraient aussi faire l’objet de communications de même que les figurant⸱es, ces personnages si ordinaires qu’ils sont parfois dépourvus de noms. On pourra également se pencher, outre sur celles et ceux qui font décor, sur ce qui fait décor en analysant les décors de l’ordinaire : pièces d’intérieur, lieux communs ou encore plans d’ensemble ou de situation. Dans le même ordre d’idée, et par effet de contraste avec ce qui génère et nourrit l’intrigue, les propositions dans cet axe pourront s’intéresser tout autant aux scènes, aux personnages et autres éléments peu visibles, suggérés voire cachés au sein des contenus médiatiques. Cela concerne entre autres les moments qui sont à ce point ordinaires qu’on ne leur consacre peu ou pas de temps d’écran, d’espace ou de détails. La reconstruction des ellipses offre ainsi une piste à l’analyse des événements ordinaires de même que les événements rapportés. Le matériel non retenu comme les rushs, les scènes coupées au montage, ou encore les brouillons et autres prototypes constituent des corpus dans cette entreprise. Enfin, les communications qui examineraient la façon dont les utilisateur⸱ices donnent à voir leur propre quotidien permettraient de mieux comprendre comment les publics se présentent et représentent leur ordinaire, notamment sur les réseaux sociaux numériques. |
Chargement...