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Axe 4 – Pourquoi l’ordinaire ?Ce quatrième axe encourage des interventions à caractère plus épistémologique. Se pose en particulier la question des définitions de l’ordinaire et des enjeux qu’engagent celles-ci. Quelles sont leurs résonances connotatives et à quels imaginaires associe-t-on l’ordinaire aujourd’hui ? Cette vision « au présent » n’empêche nullement d’envisager les fluctuations diachroniques de l’ordinaire. Comment l’ordinaire — ou en tout cas la sensation de ce qui est ressenti comme ordinaire par une collectivité donnée — a-t-elle évolué dans le temps, et dans l’esprit du temps (Morin, 1962) ? À quoi bon réfléchir sur la banalité ? Comment justifier la légitimité de l’ordinaire comme objet de recherche ? De nombreux⸱ses philosophes, anthropologues, sociologues et autres sémiologues ont revendiqué l’importance de cette focale de recherche. Il⸱elles ont attiré l’attention sur le fait que ce qui semble banal, ordinaire peut révéler les structures profondes de la vie humaine (Merleau-Ponty, 1964 ; Wittgenstein, 1953 ; Macé, 2006…) et que l’ordinaire, loin d’être vide, est un puissant révélateur de nos modes de vie, de nos automatismes culturels, voire de nos idéologies. Tel était notamment le parti pris des Mythologies de Roland Barthes (1957). Il n’est sans doute pas anodin que l’antonyme de l’ordinaire soit l’extraordinaire. Ce terme n’est pas qu’un simple contraire : il connote un dépassement, une transgression superlative de l’ordinaire. On peut le constater dans l’invitation souvent diffuse mais constante qui pousse les individualités à se démarquer, à se distinguer, à se réaliser dans leur différence, leur singularité et en toute « extimité » (Tisseron, 2002). Dans cette conjoncture, l’ordinaire est pour ainsi dire un défaut, une faiblesse, une médiocrité. Il convient donc de porter un regard critique sur cette pression médiatique qui tend à dévaloriser l’ordinaire au profit de l’extraordinaire, dont les capacités narratogéniques (Marion, 2023) ne sont plus à prouver, tout en sachant bien sûr que cette surprésence de l’extraordinaire tend, effet paradoxal, à le banaliser (cfr axe « ordinarisation »). Plus largement, on pourra s’interroger sur le paradoxe épistémologique qui consiste à sortir l’ordinaire de l’ordinaire… Autrement dit, en braquant notre projecteur réflexif sur l’ordinaire, on lui confère une importance, on le fait sortir de l’ombre et de son rang de normalité insignifiante. Bref ne risque-t-on pas de le magnifier comme un extraordinaire qui s’ignore. |
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