Les fabriques de l’ordinaire Interroger les puissances de la banalité dans les cultures médiatiques>

Axe 2 – Pratiques ordinaires

« Il n’y a rien de minuscule dans les activités ordinaires » (Juan, 1998). Cette citation résume toute l’importance de porter le regard à la fois sur le sens donné par les individus à leurs pratiques et l’imbrication de ces pratiques dans une structure sociale. Les pratiques ordinaires fondent le commun, les liens et interactions, permettent de faire groupe par la constitution de références communes, de normes culturelles partagées, ce qui pourrait s’apparenter à un « ordinaire culturel des savoirs » (Letté, 2016). Il faudrait alors distinguer culture populaire, culture élitaire et culture ordinaire. La troisième étant « celle qui se donne à voir dans tous les actes de la vie quotidienne et concerne sans exception la multitude que nous sommes » (Letté et Bothereau, 2023). Pourtant, jusqu’à quel point cette classification est effective pour les individus dans leurs pratiques ordinaires et pertinente pour le⸱la chercheur⸱euse ? La question se pose d’autant plus qu’il y aurait dans l’ordinaire une « inquiétante étrangeté » et pour prendre toute sa mesure, il serait alors nécessaire de s’immerger dans une culture aux limites floues où se trouvent à la fois de l’intime et de l’étranger (Cavell, 2003). Cela se cristallise notamment dans nos rapports aux objets médiatiques et audiovisuels (films, séries, webtoons, ou autres productions). Ces objets pourraient même participer à une morale de la vie ordinaire, à se questionner sur ses actions et relations à autrui (Laugier, 2019 ; Cavell, 2024). Mais qu’en est-il quand cet autrui est un personnage à l’écran, quand il est « l’homme visible » en face de et face cachée de « l’homme ordinaire », entendu comme spectateur⸱rice (Schefer, 1980) ?

Respecter les pratiques médiatiques ordinaires pour un individu peut aussi être une réponse aux injonctions culturelles d’une époque donnée, qui dépendent de l’âge, du genre, de la classe sociale et d’autres caractéristiques sociales. Il semble donc tout aussi central de prendre en compte les outils techniques et technologiques qui diffusent ces productions, que ce soit leurs évolutions au fil des siècles ou leurs modalités d’accès. Faut-il, dès lors, qu’une pratique soit facilement accessible financièrement et temporellement pour qu’elle soit ordinaire ? Ce questionnement renvoie à la temporalité des outils, l’ordinaire se situerait entre l’avant-gardisme et le démodé. Internet est un bon exemple de passage d’une révolution à un ordinaire par l’intégration de l’outil « à notre monde commun et normal, à notre environnement habituel » (Martin, Dagiral, 2016). Il s’agit dès lors d’interroger aussi le langage ordinaire (Wittgenstein, 2014[1953]) autour des pratiques, la mise en discours de ce qui est souvent laissé sous silence, les échanges ordinaires qu’ils soient en ligne ou hors ligne, que ce soit par les « inconnus habituels » (Leveratto, 2010) et ceux qui le sont moins. Il s’agit aussi de prendre en compte les gestuelles, avec « un geste ordinaire sur scène [qui] n’a pas la même valeur que ce même geste hors scène, dans la vie réelle » (de Marinis, 2018).

En résumé, cet axe pose une série de questions : Comment se définit une pratique médiatique ordinaire ? Quels sens et places les individus accordent-ils à leurs pratiques culturelles ordinaires ? Et quels rapports ont-ils, plus largement, à la culture ordinaire ?

INSCRIPTION

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