Les fabriques de l’ordinaire Interroger les puissances de la banalité dans les cultures médiatiques>

Axe 3 – Processus d’« ordinarisation »

Le troisième axe de ce colloque propose d’interroger la trivialisation comme un processus traversé par des rapports de pouvoir. Lefevre, dès 1947, relevait déjà les différentes logiques d’aliénation s’appliquant à la vie quotidienne. Ainsi, l’étude de (ou des) ordinaire(s) médiatique(s) peut également s’inscrire dans une perspective résolument critique.

En effet, des dispositifs éditoriaux modulent les représentations de l'ordinaire : on pense notamment au cas du « regard bourgeois » (Lyle, 2008, déplaçant le « male gaze » de Mulvey, 1975), qui biaise la façon de représenter les classes moyennes et populaires dans les productions médiatiques. Plus récemment, les logiques algorithmiques produisent des hiérarchies qui banalisent certains contenus tout en en invisibilisant d’autres (Cardon, 2015 ; Monea, 2023). Ces processus, que l’on pourrait qualifier de logiques d’« ordinarisation », constituent donc des mécanismes normatifs qui définissent ce qui compte et ce qui ne compte pas, ce qui mérite l’attention publique et ce qui peut être relégué au silence.

Des tactiques quotidiennes de résistances peuvent également se mettre en place pour se réapproprier son quotidien et échapper à une imposition qui n’est pas l’ordinaire attendu ou souhaité : des « cultures très ordinaires » (de Certeau, 1978) qui s’apparentent à des gestes extraordinaires pour redevenir maître⸱sse de son temps et de ses activités. Un art de faire ordinaire (de Certeau, 1980), en somme, qui bouscule les normes culturelles imposées.

Les contributions pourront explorer les dimensions politiques, économiques et sociales de cette dimension de l’ordinaire des espaces médiatiques, en mettant en lumière ses effets sur la production des savoirs, la circulation des récits et la marginalisation de certaines pratiques médiatiques. Quels sont les éléments qui fixent l’ordinaire médiatique, et selon quelles logiques ? Qui est in fine susceptible de pâtir de cette logique de silenciation ? À l’inverse, comment l’ordinaire peut-il devenir un champ de résistance aux normes médiatiques ?

INSCRIPTION

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