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Les fabriques de l'ordinaire : Interroger les puissances de la banalité dans les cultures médiatiques

15-16 octobre 2026 - Louvain-la-Neuve - En présentiel

Mise en scène des flux de la vie dans les vlogs, retour en force de la série Bref (Canal+, 2011-2012 ; Disney+, 2025) qui narre le quotidien d'un quarantenaire, ou encore confirmation du « tournant participatif » (Ségur, 2022) visant à fidéliser un public composé d'individus considérés comme « ordinaires » par les producteurrices de télévision... L'ordinaire semble (re)devenu central dans les cultures médiatiques contemporaines, pourtant il se heurte à une valorisation continue et diffuse de l'extraordinaire.

En effet, si une telle tendance à surligner l'ordinaire semble bien se manifester dans les pratiques et productions médiatiques, on peut aussi et dans le même temps constater la tendance inverse. Notre société semble célébrer l'exceptionnel, le surprenant, l'extraordinaire. Ainsi en est-il, en particulier sur les réseaux sociaux, de l'injonction implicite de se singulariser, de présenter ses tranches de vie, ses émotions comme un parcours singulier, hors du commun, pour ne pas dire héroïque. Comme si chacune et chacun d'entre nous devait construire et revendiquer sa propre « story » différentielle et unique. Ces deux forces opposées renforcent selon nous la nécessité d'une clarification, d'un redéploiement de l' analyse critique de l'ordinaire. 

Si l'on s'en tient aux définitions données dans les dictionnaires, l'ordinaire serait ce « qui découle d'un ordre de choses ou appartient à un type présenté comme commun et normal ». En français, l'étymologie du mot, nous révèle qu'il est lié à l'ordre, à l'organisation régularisée. L'ordinaire serait en quelque sorte la résultante d'une mise en ordre acceptée, fonctionnelle et prévisible dans sa répétitivité, au point qu'elle tend à s'invisibiliser. Dans cet esprit, l'ordinaire peut être associé au normal : ce qui s'indifférencie dans la norme acceptée, dans l'ordre systémique établi.

Le terme semble également renvoyer à d'autres : le banal, voire le trivial, impliquant dès lors une perception différenciée de ce que l'ordinaire recouvre pour celles et ceux qui l'expérimentent ou qui l'investiguent. Comme le dit Lefebvre, « le plus familier est le plus riche d'inconnu » (1958[1947], p.148). Il s'inscrit de par sa nature dans le flux de la vie (Laugier, 2022) et la quotidienneté des individus (de Certeau, 1990), il est tellement vu et visible qu'il en devient invisible (Miller, 2009). Il semble alors particulièrement opportun d'attentivement s'y intéresser dans les cultures médiatiques, dont la notion extensive permet de considérer tout à la fois la pluralité et l'éclatement des supports, des récits et des imaginaires, des usages et des pratiques, la mixité des objets (Lits, 2005). Souvent infuses, immanentes (Marion, 1997), ces cultures médiatiques, malgré leur apparence de spontanéité et d'évanescence, tressent un cadre de référence prégnant qui influence fortement notre manière d'interpréter le monde.

Ce colloque souhaite donc répondre aux questionnements suivants : quel(s) rôle(s) l'ordinaire occupe-t-il dans les cultures médiatiques d'hier et d'aujourd'hui ? Comment les chercheureuses peuvent-ilelles se saisir de l'ordinaire médiatique compte tenu de sa dimension dynamique ?

Le premier axe de ce colloque questionne les représentations médiatiques et les mises en scène de l'ordinaire. Le deuxième axe examine les pratiques médiatiques ordinaires des individus avec une attention particulière accordée à ce qui est entendu par ce syntagme. Il abordera également l'utilisation d'outils techniques et technologiques, les manières d'être, de faire et de dire ces pratiques. Le troisième axe de ce colloque interroge les dynamiques sous-jacentes à la construction de cet ordinaire, en accordant une place prépondérante à son caractère normatif et aux structures de pouvoir qui régissent ce qu'on pourrait qualifier d'« ordinarisation ». Même si le colloque s'inscrit principalement dans le cadre des productions culturelles et de la culture médiatique, le quatrième axe propose enfin de prendre du recul et de réfléchir sur la nécessité de mener aujourd'hui — peut-être de renouveler — un questionnement complexe de l'ordinaire et de ce qu'il signifie pour une société donnée.

 

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